La FIFA s’apprête-t-elle à écrire l’une des plus grandes révolutions économiques de son histoire ? À moins de deux mois d’une échéance décisive, Gianni Infantino demande aux 211 fédérations membres de se prononcer sur un projet inédit : la création d’une société commerciale appelée FIFA Forward Enterprise (FFE), à laquelle seraient transférés les principaux actifs économiques de l’instance mondiale.

Selon le quotidien britannique The Times, le président de la FIFA a accordé aux fédérations jusqu’au 19 septembre, soit 53 jours, pour donner leur accord. En contrepartie, celles qui accepteront recevront une enveloppe pouvant atteindre 40 millions de dollars, dont la moitié serait versée dès la signature. Une proposition financière sans précédent qui suscite autant d’intérêt que de vives interrogations.

La Coupe du monde bientôt ouverte aux investisseurs privés ?

Derrière cette opération se cache une profonde transformation du modèle économique de la FIFA.

Le projet consiste à regrouper au sein de la FIFA Forward Enterprise l’ensemble des revenus commerciaux de l’organisation : droits télévisés, contrats de sponsoring, billetterie, licences commerciales et organisation opérationnelle des grandes compétitions, notamment la Coupe du monde masculine et la Coupe du monde des clubs.

Pour la première fois, des investisseurs privés pourraient acquérir une participation dans cette structure, même si la FIFA assure qu’ils ne disposeraient d’aucun pouvoir de contrôle sur les décisions sportives.

L’objectif affiché est clair : attirer plusieurs milliards de dollars de capitaux afin d’accélérer le financement des programmes de développement du football à travers le monde.

Un jackpot pour les fédérations

Afin de convaincre ses membres, la FIFA a mis sur la table une proposition particulièrement attractive.

Chaque fédération qui approuvera le projet avant le 19 septembre pourrait percevoir jusqu’à 40 millions de dollars, dont 20 millions immédiatement après son adhésion.

À l’inverse, les fédérations qui refuseraient de rejoindre la nouvelle structure devraient continuer à bénéficier du système actuel de redistribution. Selon les informations publiées par The Times, l’enveloppe globale réservée à ces fédérations serait limitée à 2,7 milliards de dollars, contre 10 milliards de dollars si le projet obtient une large adhésion.

Pour plusieurs observateurs, cette différence de traitement s’apparente à une forte incitation financière, certains allant jusqu’à parler d’une forme de « pot-de-vin institutionnel ».

Un choix stratégique pour la FSF

Pour la Fédération sénégalaise de football, les montants en jeu sont loin d’être anodins.

Les 35 millions d’euros promis représentent environ 23 milliards de FCFA, soit une somme exceptionnelle pour une fédération dont une partie importante des ressources provient déjà des programmes de développement de la FIFA.

L’offre place donc la FSF devant un véritable dilemme.

Accepter l’accord permettrait de sécuriser immédiatement des ressources financières considérables. Mais cela reviendrait également à soutenir un projet dont les implications sur la gouvernance future du football mondial restent encore largement inconnues.

Refuser, en revanche, pourrait priver la Fédération sénégalaise de financements bien supérieurs à ceux prévus dans le système actuel.

Des investisseurs qui interrogent

La controverse dépasse largement la seule question financière.

Parmi les investisseurs évoqués figure Thrive Eternal, le fonds créé par Joshua Kushner, frère de Jared Kushner, lui-même gendre de Donald Trump. La banque américaine JP Morgan participerait également à la structuration de l’opération.

Cette proximité nourrit les critiques de plusieurs dirigeants du football européen, qui dénoncent une influence grandissante des milieux financiers américains sur la gouvernance de la FIFA.

Ces interrogations sont renforcées par l’ouverture, l’an dernier, d’un bureau permanent de la FIFA au sein de la Trump Tower, à New York.

L’UEFA sonne la révolte

Le projet est particulièrement mal accueilli en Europe.

L’UEFA estime que cette réforme risque de transformer davantage la Coupe du monde en produit commercial au profit d’investisseurs privés, au détriment des fédérations nationales, des clubs et des joueurs.

Face à cette situation, une réunion exceptionnelle des 55 associations membres de la confédération européenne a été convoquée afin d’élaborer une position commune.

Certains responsables n’excluent pas de nouvelles tensions avec la FIFA, rappelant l’opposition menée en 2021 contre le projet d’organiser une Coupe du monde tous les deux ans.

Une décision aux conséquences historiques

Au-delà des milliards promis, c’est la gouvernance du football mondial qui est désormais au cœur des débats.

Les partisans du projet y voient une occasion unique de garantir des ressources durables au développement du football.

Ses détracteurs, eux, redoutent une privatisation progressive des actifs les plus précieux de la FIFA et un déplacement du centre de décision vers les marchés financiers.

Le compte à rebours est lancé. D’ici au 19 septembre, chacune des 211 fédérations devra choisir entre une manne financière immédiate et un projet qui pourrait redessiner durablement l’équilibre économique et politique du football mondial.