On arrive par une allée bordée d’oliviers ; l’air porte encore l’odeur de la terre et de la pelouse fraîchement coupée. Devant nous se dresse un ensemble blanc, épuré, aux lignes modernes — le Complexe (ou Académie) Mohammed VI — qui semble flotter au-dessus d’un miroir d’eau. Dès le portail, le ton est donné : ici, le football se construit comme on façonne un pays
On y arrive par une allée bordée d’oliviers. L’air porte encore l’odeur de la terre et de la pelouse fraîchement coupée. Devant nous, un ensemble blanc, épuré, aux lignes modernes — le Complexe Mohammed VI de football — se dresse, presque suspendu au-dessus d’un miroir d’eau. Dès le portail, le ton est donné : ici, le football se construit comme on bâtit une nation.
Par Jules KANE, envoyé spécial de Purfoot à Casablanca
Un projet titanesque de 630 millions de dirhams
Implanté sur près de 29,3 hectares à Maâmora, près de Salé, le Complexe Mohammed VI a été inauguré en 2019 après trois années de travaux. Son coût de réalisation : 630 millions de dirhams, financés conjointement par l’État et la Fédération royale marocaine de football (FRMF).
Le pari : doter le Royaume d’un centre d’élite conforme aux standards FIFA, capable d’accueillir aussi bien les sélections nationales que les clubs étrangers en stage de préparation.
Un village sportif ultra-complet
Le site impressionne par sa taille et sa cohérence. Cinq bâtiments principaux s’articulent autour d’une place centrale, formant un village sportif où tout a été pensé pour conjuguer performance, formation et bien-être.
Les infrastructures d’hébergement comptent plus de 500 chambres réparties sur plusieurs hôtels et dortoirs, soit une capacité d’accueil de plus de 550 lits. En période d’activité maximale, jusqu’à 600 personnes peuvent séjourner sur place, et sur une année, le complexe reçoit environ 80 000 visiteurs — équipes, staffs, officiels ou fédérations partenaires.
Chaque jour, près de 300 personnes fréquentent le site : joueurs, formateurs, techniciens, cuisiniers, kinésithérapeutes. L’organisation est millimétrée, à l’image d’une sélection en compétition.
Des terrains à la pointe des standards FIFA
La colonne vertébrale du complexe reste bien sûr son impressionnant parc de terrains :
- 11 terrains au total, dont
- 4 terrains en gazon naturel,
- 3 terrains synthétiques,
- 1 terrain hybride,
- 1 terrain couvert,
- 1 terrain de futsal,
- et 1 terrain de beach-soccer.
S’y ajoutent une piscine olympique en plein air et deux courts de tennis.
Tous répondent aux normes FIFA, ce qui permet au site d’accueillir aussi bien les équipes nationales A que les jeunes sélections (U17, U20, U23), ainsi que des clubs européens venus en stage. Depuis 2019, plus de 140 matchs et stages internationaux y ont été organisés.
Le mariage de la modernité et des racines marocaines
À l’intérieur du bâtiment principal, la modernité rencontre la culture locale : patios paysagers, arcades inspirées de l’architecture marocaine et matériaux traditionnels créent une atmosphère apaisante.
L’architecture, confiée à des cabinets marocains et internationaux, incarne la volonté d’un Maroc moderne sans renier ses racines.
Le centre comprend également un auditorium de 221 places, des espaces de restauration, des bureaux administratifs, et des zones de détente réservées aux staffs et aux joueurs.
Un pôle médical et scientifique de haut niveau
Le Complexe Mohammed VI dispose d’un centre médico-sportif de haute performance : salles de physiothérapie, bassin de rééducation, équipements de cryothérapie et cabinet de nutrition.
Objectif : prévenir les blessures, optimiser la récupération et prolonger la carrière des athlètes.
Cette approche intégrée — alliant sciences du sport et médecine — fait aujourd’hui du Maroc un modèle sur le continent africain.
L’Académie Mohammed VI, berceau des futurs talents
Non loin de là, à Salé, l’Académie Mohammed VI de football, créée en 2009, s’étend sur 18 hectares. C’est la pépinière d’où sont sortis plusieurs internationaux marocains.
Le modèle y est celui du sport-études : formation sportive intensive, accompagnée de cours scolaires et d’un suivi humain individualisé.
Des dortoirs, salles de classe, espaces de balnéothérapie et d’entraînement forment un écosystème cohérent où se préparent les futurs Hakimi ou En-Nesyri.
Un levier de diplomatie et de puissance douce
Au-delà du sport, le Complexe Mohammed VI s’inscrit dans une stratégie nationale de rayonnement.
Pensé comme un outil de soft power, il soutient la candidature du Maroc aux grands événements internationaux — notamment la Coupe du monde 2030, qu’il co-organisera avec l’Espagne et le Portugal.
Il attire également des partenariats techniques avec des fédérations africaines et européennes, renforçant la position du Maroc comme hub du football africain.
Une vitrine continentale
Cinq ans après son inauguration, le Complexe Mohammed VI est considéré par la presse internationale — de L’Équipe à Morocco World News — comme l’un des meilleurs centres de formation et d’entraînement au monde.
La FIFA elle-même l’a cité comme modèle d’infrastructure pour le développement du football en Afrique.
Et les résultats parlent d’eux-mêmes : une équipe nationale marocaine demi-finaliste du Mondial 2022, des sélections U17 et féminines régulièrement qualifiées, et une génération de jeunes joueurs formés localement.
Une machine à écrire l’avenir
Sur la route du retour, entre les oliviers et les drapeaux rouges flottant au vent, le message est clair : le Complexe Mohammed VI n’est pas seulement un centre d’entraînement.
C’est une machine à écrire l’avenir du football marocain et africain, un laboratoire où se conjuguent techniques, sciences, culture et diplomatie sportive.
Un lieu où chaque génération espère, à son tour, trouver sa voie vers le sommet.

