Mateu Alemany est un adepte des départs surprises. En 2019, il avait quitté Valence dans la stupeur générale après un sacre en coupe du roi et une qualification en Ligue des champions.
Méconnu du grand public, le Majorquin de 56 ans se révèle au monde du football en 2000 à la tête du Real Majorque. La meilleure période de l’histoire du club insulaire. Avocat de profession, il réussit à structurer le club des Iles Baléares et mener un projet sportif intelligent pour permettre à la formation espagnole de jouer les premiers rôles en Liga et dispute la Ligue des champions lors de la saison 2001/2002. Un passage comme dirigeant magnifié par le succès en Copa del Rey en 2003 et par l’arrivée trois ans plus tôt de Samuel Eto’o en provenance du Real Madrid.
Revenu au club en 2009, Alemany a ensuite connu un deuxième passage beaucoup plus contrasté qui a terni son image et l’a éloigné du monde du football. Son autre fait de gloire a été de dire non à Florentino Pérez qui voulait le mettre aux commandes de son Real Madrid en août 2000.
Des économies de 120M€ sur la masse salariale
En 2021, Joan Laporta revenu aux affaires à Barcelone réussit à le convaincre à travailler à ses côtés. Pendant deux années, Alemany abat un gros travail qui s’est soldé par 34 départs et 20 arrivées au Barça. Des mercatos convaincants et parfois quelques ratages comme Ferran Torres et Raphinha chèrement payés à hauteur de 55 millions d’euros pour le premier 58 millions d’euros pour le second. Mais on retiendra qu’il a surtout permis au Barça de réduire ses charges de 120 millions d’euros cette saison, après les départs des gros salaires du club comme Antoine Griezmann, Philippe Coutinho et Lionel Messi.
Mais entre sa vision du mercato et celle de Laporta, une lutte de pouvoir s’est pouvoir posée. Les deux hommes ont souvent montré une certaine harmonie devant les médias, mais en coulisses leurs positions sur certains dossiers ont parfois été à l’extrême. C’est la raison pour laquelle, Alemany a répondu favorablement à l’offre d’Aston Villa qui lui propose 3 millions d’euros net annuel pour devenir le directeur du sportif du club.
En effet, Alemany et Laporta ont eu des désaccords sur certains dossiers du précédent mercato. Par exemple, quand la direction sportive a voulu recruter Cesar Azpilicueta de Chelsea, Laporta a opposé son véto avec comme argument l’âge avancé du joueur de Chelsea. Le même Laporta a contourné la direction sportive pour faire venir le fils de Ronaldinho sans vraiment tenir compte des avis de la cellule sportive.
Désaccords profonds
Les divergences en interne se sont accentuées cette saison sur la prolongation de certains cadres. Il se dit en Espagne, que Alemany était opposé au maintien de Sergio Busquets, Sergi Roberto et Jordi dans l’équipe la saison prochaine. Mais au final, il n’a pas eu gain de cause auprès de Laporta qui a plutôt décidé de trancher en faveur de Xavi Hernandez en proposant une saison supplémentaire à Busquets qui percevra un quart de son salaire actuel. Le président catalan a aussi demandé à Jordi Alba de diminuer son salaire pour continuer au club. Bref, on l’a compris, Laporta ne veut surtout pas offrir une petite sortie à ces légendes du club. Il a appris du départ de Léo Messi.
Mais le véritable dossier à l’origine de la rupture renseigne nos sources est celui de Lionel Messi. Mateu Alemany n’était pas convaincu du retour du champion du monde. Quand il a été interpellé sur la question, sa réponse a été tranchée, « Barcelone n’a pas contacté Messi ». Une sortie peu appréciée dans les arcanes du club, car à défaut de s’abstenir de parler d’un joueur qui appartient à un autre club, Alemany n’était pas obligé de révéler la position du Barça dans ce dossier.
Surtout que cette sortie est loin de correspondre à la réalité. Joan Laporta via ses émissaires négocie avec le clan Messi notamment son père Jorge Messi. Plusieurs sujets ont été déjà abordés entre les deux parties dont l’érection d’une statue devant le nouveau en faveur de Messi. Une offre de contrat qui sera proposé à l’Argentin est déjà élaborée. Décidé à ramener Messi « par devoir et par mémoire », Laporta a campé sur sa position, laissant peu de marge à son bras droit.
L’annonce du départ de Mateu Alemany après la victoire contre Osasuna mardi (1-0) était en quelque sorte une suite logique de ce combat de chef souterrain entre le patron de l’institution et celui du sportif.

