Il y a des paradoxes qui se passent de commentaire. Et pourtant, celui-ci mérite qu’on s’y attarde.

Il y a quelques semaines, la Fédération sénégalaise de football, par la voix de sa Direction technique nationale, expliquait noir sur blanc pourquoi elle sollicitait la délocalisation du match Sénégal-Mozambique. Motif invoqué : la pelouse du stade Léopold Sédar Senghor de Dakar « ne se trouve pas, à ce jour, dans un état optimal pour accueillir une rencontre officielle de cette envergure pour l’Équipe nationale A du Sénégal ». Et d’ajouter, la main sur le cœur, que c’est par « souci de la santé des joueurs ainsi que de la qualité de la compétition » que la DTN préférait jouer ailleurs plutôt que de prendre le moindre risque.

Bel élan de précaution. Sauf que le voyage à Maputo, jeudi soir, a fini par ridiculiser cet argument. Car la pelouse du Estádio Nacional do Zimpeto, stade construit en 2011 grâce à des financements chinois, homologué par la CAF pour recevoir des éliminatoires continentales, ressemblait davantage à un champ de manioc mal entretenu qu’à un terrain digne d’une double confrontation entre nations africaines. Un rectangle vert par endroits, jaune ailleurs, crevassé un peu partout, sur lequel les Lions et les Mambas se sont livré un combat de tranchées plus que de football, avant de se neutraliser (1-1) sur une pelouse qui représentait, elle, un véritable et réel danger pour l’intégrité physique des joueurs.

Le comble, c’est qu’en comparaison, la pelouse fraîchement rénovée du stade Léopold Sédar Senghor n’a strictement rien à envier à celle de Zimpeto. On peut même affirmer, sans sourciller, qu’elle lui est très largement supérieure. Dès lors, la position de la FSF devient franchement peu convaincante : on délocalise un match par précaution sanitaire, pour finalement exposer les joueurs à un terrain pire que celui qu’on fuyait.

Reste la question qui fâche : pourquoi ce choix, quand le Sénégal dispose d’alternatives crédibles ? Le stade Lat Dior de Thiès, par exemple, aurait pu accueillir dignement cette rencontre. Sauf si, effectivement, le stade Abdoulaye Wade, réquisitionné pour les Jeux Olympiques de la Jeunesse, n’était pas disponible, ou si une ardoise impayée envers la Sogip, société gestionnaire de l’infrastructure, plane encore sur le dossier. Dans les deux cas, ce sont des problèmes d’organisation et d’anticipation, pas de pelouse.

Car sur le fond, c’est bien là que le bât blesse. Cette affaire illustre, une fois de plus, une réalité que tout le monde connaît sans jamais oser la dire tout haut : à la CAF, l’homologation des stades semble parfois obéir moins à des normes techniques qu’à la tête du client et au poids diplomatique du pays hôte. Un stade « à normes » chez les uns, un stade « à risque » chez les autres, pour un état de pelouse comparable, voire inversé.

Avec un peu plus d’anticipation et d’organisation, ce match aurait très bien pu, et aurait dû, se tenir à Dakar. Les Lions n’auraient peut-être pas gagné davantage sur une pelouse sénégalaise. Mais ils n’auraient pas eu, en prime, à jouer les équilibristes sur un terrain qui n’avait rien d’une pelouse de football international.

Pape FALL (Dakar)